sábado, 21 de julio de 2012

La chair et le sang


les gamins de l’impasse comme
on nous appelait,
se sont désincarnés pour devenir toutes choses qu’ils
n’auraient jamais pensé être.
si tant est que l’on est vraiment ce que la vie
nous inflige.

et peut-être ont-ils tord
ceux qui pensent
qu’on mérite mieux
que la vie qu’on n’a pas choisi.
celle qui a vraiment lieu
pendant qu’on rêve à autre chose.

si tel était le cas,
je l’aurais compris,
car enfin, comment me sentir
plus important
que tout
ce qui met la vie
dans des petites boites
fermées à clef,
ces mêmes clés
que nous détenions en nous
enfants, pour les ouvrir.

si tél était le cas,
les gamins qui jouaient dans l’impasse
le sauraient.

or,
ils ont oublié
qu’ils n’étaient rien
à cette époque.
et qu’en cela
ils dépassaient la vie.

c’était leur privilège suprême,
leur richesse pénétrante.
en dépit de l’absence de la chair et du sang
qui recouvrent toute forme incarnée.

Copyright F. Sanchez 2012  parution Revue La main millénaire









La fin des combats

 
 
Dans le vieux ciel,

comme des bagnards,
les couleurs se traînent,
blessées,
tirant sur leurs chaînes
enduites d’Eden.

L’enfance qui va périr me salue,
Gladiatrice fourbue 
d’un ultime combat.

Le sang qui meurt dans ses veines,
la terre nourricière le boira
comme une mère nécrophage,

et mon cri rejaillira
sur les vieux terrains vagues
qu’absorbent déjà le sable des arènes.

Copyright F. Sanchez  Poème paru dans la revue La Main Millénaire - 2012

jueves, 19 de julio de 2012

PASSAGE


Les nuages courent dans le ciel
comme des voleurs,
pour mieux aller le fêter ailleurs.

Noceurs d’Éden,
aux grands banquets
nomades.

Leur allure,
aux rivages
du matin
moissonné
de lumières,
estompe la noblesse du jour
dans la brisure du vent.

Enfin,
le passage d’un cirque
ne laisse aux enfants
que des traces d’Afrique
et le regret
des géants.

sábado, 14 de julio de 2012

ROLLING RIVER

Poème extrait du recueil " J'ai glissé sur le monde avec effort " editions La Dragonne 2012


L’enfance a volé en éclats.
Je ne lui emboîte le pas qu’en mémoire.
J’ai tout essayé pour lui survivre.
Comment dire son absence,
à mes côtés ?
Aujourd’hui
je l’aperçois
dévaler la plaine
– elle aura bien un cheval pour moi.



Je retrouve ma sœur la chaleur
et la vieille femme rivière
– au cours immuable.

Je rentre avec elles
dans mon garni,
les étends dans mon lit.
Et dans la brise
qui court
depuis la fenêtre
je pense à ma jeunesse aride,
prêt à toutes les captures.



Le ciel n’est plus un combat
et l’eau de ma tendre rivière
s’écoule en moi
comme un limpide ruisseau
du matin.

Elle était cette fille un peu folle
qui voulait se jeter dans la mer
pour faire peau neuve.
J’étais comme elle.
Ce fut ma plus jeune erreur.
Je n’avais pas dix ans
et pour le coeur de cette rivière,
je faisais la guerre.

La mort ni l’innocence
n’avaient chuté.

Je riais dans les batailles.

F. SANCHEZ

JEU DE PISTES

POEME extrait du nouveau numéro de la revue " La main millénaire" (www.lamainmillenaire.net/)

par Fabien Sanchez, samedi 14 juillet 2012, 14:46 ·


Jeu de pistes

       Pour Frédéric Jacques Temple

C’est un homme ancien
solide comme un roc et taillé comme un chêne.
le pas lent de l’âge et sûr de qui a beaucoup marché.
digne enfin comme le sont les arbres.
dans son œil hibou, je vois la nostalgie bleue
des déserts du monde.
enfin, il porte la guerre en blessure
et l’enfance pour mémoire.

nous sommes nés en des temps différents
aux mêmes latitudes
dont nous partageons l’horizon de lumière.
nous avons joué avec les dieux de l’enfance
qui étaient frère aux confins des garrigues
où le soleil échoie.
mais d’aventure,
le pouvoir de les faire revenir,
nous est-il offert ou arraché de longue lutte ?

je crois que nous les avons fatigués
en posant sur eux nos regards de brancardiers,
à vouloir abriter leur exil en nos vieilles demeures malades
où nous pourrissons, dans la confusion des rôles,
nous prenant pour des fils ou des pères.  
de guerre lasse en temps de paix.

aux  différents âges de l’homme,
ses pas le menèrent vers une tribu indienne
qui le baptisa « Celui qui marche avec le soleil »,
moi vers des rivages ioniens
ou je connus  à ma façon, un amour indien

nous partîmes maintes fois sous l’œil de feu
de différents cieux mais nulle part
- nous en avons témoigné –
nous n’avons retrouvé les traces des dieux,
de  Kanawake à Santa Fé,
de Lesbos au Pirée,
pas une poignée,
pas un seul,
parmi les femmes, les  pauvres,
ou les chiens.

c’est à désespérer que je leur courre après,
moi qui suis prisonnier
et pourtant je vis toujours dans les zones
où jouent leurs ombres.
qu’ils viennent au-devant de moi,
comme au pied d’un aveugle verser leur aumône cendrée :
un couteau de bois, la plume d’un guerrier
ou le baiser d’une indienne -

je piétinerai leurs visages invisibles
sans laisser de marque,
juste une piste pour que remontent les femmes,
les pauvres et les chiens
vers l’enfance défigurée
qui me suit à la trace.

F. SANCHEZ

viernes, 25 de mayo de 2012

LA VIEILLE ECOLE

Le bruit des écoles,
ces prisons dorées de ma vie
quand j’allais libre,
parmi les enclos
où les héros
et la solitude
apprenaient à se connaître.
Cours et préaux,
à l’abri de ceux
que frôle l’oubli.
Lieux fleuris des chansons dures
où transhumaient
les effluves
de ce qui n’est plus.
Cendres aux parfums secs des garrigues.



J’escalade cette nuit
le mur de mon ancien collège.
Cour déserte,
école buissonnière
de ma vie d’homme,
silence de mes amis évanouis.

Sur un banc de granit
je m’endors
lourd, blessé,
à l’abri
de leurs regards.

Cours et préaux, la nuit,
sont des cimetières
où n’entre pas le fracas
du monde.
Si bien que l’éternité existe
enfin,
comme ça,
pour rien.

- Le chemin des écoliers est le seul
que j’aie jamais pris.

(recueil "J'ai glissé sur le monde avec effort"  copyright  Éditions La Dragonne, 2012)